La Zakat

La Zakat en question
La Zakat est un pilier majeur de l’islam, c’est aussi une institution remarquable. Littéralement, le mot Zakat signifie pureté ou purification, il est également lié au verbe Zakat qui signifie la bénédiction, la croissance et le développement. En Islam, la Zakat est un paiement annuel obligatoire [purificateur], en nature ou en argent, qu’un musulman nanti doit  effectuer au profit des nécessiteux qui en ont droit. La Zakat est une manifestation pratique et religieuse des obligations des musulmans envers ceux qui sont dans le besoin. La Zakat n’est pas seulement une forme de charité et de distribution d’aumône, de taxe ou de dîme ; ce n’est pas seulement une expression de bonté ni seulement une déduction d’unepartie de ses biens, mais c’est un enrichissement abondant et un investissement spiritual. Ce n’est pas simplement une contribution volontaire faite à quelqu’un ou à quelque cause, ni un impôt du gouvernement qu’un malin peut éviter. C’est plutôt un devoir imposé par Dieu et accompli par les musulmans dans l’intérêt de toute la société. De façon plus évidente encore, les deux dimensions individuelle et sociale se conjuguent ici. Le sens intime de ce devoir de générosité est pour Dieu, devant Dieu, le croyant donne de son bien. C’est cela d’abord, qui inscrit son acte dans le domaine de la foi en se réalisant. Ensuite, par sa lutte intime contre l’avarice, la cupidité et l’amour de la thésaurisation. Ce pilier de l’islam est un principe fondateur et organisateur de la solidarité. Il se présente comme un facteur d’équilibre et de cohésion sociale qui doit mener à la réalisation de la plus élémentaire des justices. Car celle-ci ne peut se réaliser sur le simple espoir que la libre générosité des riches et l’humiliante mendicité des pauvres trouveront leur point d’équilibre. La notion de Zakat sous-entend, dans son essence, une autre conception de l’organisation sociale. Ici, le riche est mis en demeure de s’acquitter de cet impôt devant Dieu et la société ; et le pauvre n’a à remercier personne, honnis Dieu, car il ne fait que recevoir son droit ; Et dans leurs biens, il avait un droit pour le mendiant et le déshérité  » Coran (51:19) ; (c’est-à-dire une partie qui leur revenait de droit). Impossible ici d’isoler le privé du public : la communauté musulmane doit s’organiser en conséquence pour permettre aux uns de répondre à leur devoir, aux autres de voir reconnu leur droit.Zakat -A l- Fitr (la Fittra)

Le Prophète (PBSL) a institué à tout musulman, non nécessiteux, de s’acquitter de la Zakat-Al-Fitr pour lui et les personnes à sa charge. La tradition du prophète veut que l’on s’acquitte de la Zakat-Al-Fitr en offrant aux pauvres 2.5 Kg de denrées alimentaires les plus généralement en usage dans la région.

Cependant, la plupart des savants contemporains autorisent à s’en acquitter en offrant sa valeur en argent (30 F par personne). La Zakat-AI-Fitr a été instaurée pour purifier le musulman de ce qui aurait pu entacher son jeûne tels que les propos obscènes, le bavardage,… mais aussi et surtout pour que le jour de l’Aid, jour de fête, les pauvres n’éprouvent pas le besoin de mendier, comme l’a dit le Prophète (PBSL) : << Epargner leur la mendicité ce jour là >>.

Transfert de la Zakat

En principe la Zakat doit être donnée aux ayants droit dans le même pays, voire dans la même ville. Cependant, beaucoup de savants tels que Cheikh Al-Quardhaoui, Cheikh Mawlaoui ou des institutions comme L’Instance Juridique de la Caisse de Zakat au Koweït, le Comité Permanent de Recherche et de la Fatwa en Arabie Saoudite autorisent le transfert de la Zakat d’un pays à un autre à certaines conditions comme l’existence d’une urgence, de personnes plus nécessiteuses, des proches qui sont très pauvres ou tout intérêt général pour les musulmans.

Depuis sa création, le Secours Islamique a été en contact avec la misère dans beaucoup de pays dans le monde et nous pouvons dire en connaissance de cause, que certains pays connaissent une pauvreté inimaginable pour la plupart d’entre nous. Au Bangladesh pas moins de 40% de la population ne parvient pas à satisfaire ces besoins alimentaires minimaux. L’Irak victime de l’embargo a connu une catastrophe humanitaire sans précèdent, La Palestine, le Mali, la Tchétchénie… Dans tous ces pays et d’autres, il y a urgence qui fait dire à des jurisconsultes comme Cheikh Mawlaoui : << En cas d'urgence, les musulmans sont autorisés à faire parvenir la Zakat collectée dans tous pays ou vivent d'autres musulmans. Ceci a été autorise par le consensus des Ulémas (Ijma) et a été considéré préférable par la plupart des jurisconsultes >>.

Cheikh Ounais Guergah. Professeur de Fikh (Jurisprudence) a l’IESH a Château Chinon répond à vos questions.

Ql: Je possède de l’or et je ne me suis pas acquitte de la Zakat, depuis plus de 20ans. Que faut-il que je fasse ?

· L’acquittement de la Zakat de l’or et de l’argent est une obligation religieuse comme le montre les versets du Coran, les hadiths du prophète ainsi que le consensus des Ulémas. << A ceux qui thésaurisent l'or et l'argent sans en faire emploi dans la vole de Dieu, annonce un douloureux supplice, (Coran 9:34). Le Nissab concernant l'or est de 85 g La Zakat sur l'or et l'argent est obligatoire pour ce qui est utilise comme commerce, investissement ou thésaurisation pour servir en cas de besoin ; en revanche si ce sont des bijoux à l'usage des femmes les trois écoles juridiques (Malequite, Chafite et Hanbalite) exempte la Zakat dans ce cas Ainsi donc, si cette personne possède cet or pour l'ornement il n'y a pas de Zakat, par contre si c'est de l'or pour le commerce ou l'investissement et que cette quantité a dépassé les 85 g, elle sera obligée de payer la Zakat, c'est-à-dire pour chaque année la valeur de 2.5% de la quantité d'or qu'elle avait en prenant en considération le prix de l'or de chaque année.

Q2: Je touche un salaire de 8000 Frs net par mois. Dois-je payer la Zakat ?

· Il y a trois conditions pour que 1′argent soit assujettie à la Zakat, la première est qu’il atteigne le Nissab. La deuxième condition est que ce Nissab soit en plus des besoins indispensables comme la nourriture, l’habitat, les outils de travail, les dettes a rembourser,… : Si l’argent suffit aux besoins indispensables et il en reste, alors vous vous acquittez de la Zakat si les autres conditions sont satisfaites. La troisième condition est que le Nissab reste en votre possession pendant une année lunaire entière. Ainsi donc, la Zakat n’est pas exigée sauf si au bout d’une année vous pouvez mettre de coté une certaine somme d’argent qui atteint le Nissab et qui reste en votre possession pendant une année et qui est un surplus des besoins indispensables, alors a ce moment, vous devez vous acquitter de la Zakat. Par ailleurs, certains jurisconsultes Hanbalites et aussi Cheikh Al-Quardhaoui considèrent que si le salaire d’un employé atteint ou dépasse le Nissab, il s’acquitte de la Zakat chaque mois 2.5% du salaire ; et ceci par analogie par exemple à l’argent reçus en héritage ou un rappel salarial,… dans ce cas il paye la Zakat immédiatement sans attendre l’écoulement d’une année. Cet avis convient bien aux musulmans qui ont des salaires élevés, ils payent la Zakat après avoir déduit leurs dépenses mensuelles. S’il en reste une quantité qui atteint le Nissab il s’acquitte de la Zakat, sinon il ajoute de ce qu’il lui est reste du mois précèdent et s’il atteint le Nissab il paye la Zakat pour les deux mois.

Q3: Mon mari est endetté. Puis-je lui verser ma Zakat afin qu’il rembourse ses dettes ?

· Il est autorisé à la femme musulmane de donner la Zakat à son mari car en Islam, c’est le principe de séparation des biens des époux qui s’applique, et la femme n’a pas l’obligation de subvenir à la famille sauf dans des conditions particulières, par contre c’est une exigence pour le mari. Par conséquent, il est permis à la femme de donner sa Zakat à son mari pour rembourser ses dettes ou pour subvenir aux besoins de la famille ; ceci est préférable et va dans l’esprit de la Zakat comme a dit le prophète (P.B.S.L) au sujet de la femme d’lbn Massoud <<... elle a deux récompenses, celle du lien de parenté et celle de l'aumône >>. Cependant il n’est pas permis au mari de donner sa Zakat à sa femme ou à ses enfants parce qu’il a l’obligation d’assurer leurs besoins.

Q4 :Une famille pauvre possède une petite quantité d ‘or mais ne souhaite pas le dépenser. Peut-elle bénéficier de la Zakat ?

· Ceux qui ont droit à la Zakat ont été déterminés par Dieu dans le Coran << Les aumônes reviennent de droit aux pauvres, aux nécessiteux, à ceux qui sont chargés de les recueillir, à ceux récemment convertis, au rachat des esclaves, à ceux accablés de dettes, dans le sentier de Dieu et pour le voyageur [en détresse]... >> (Coran9 : 60). Si cet or est la propriété du mari, il est obligé de le dépenser pour subvenir à sa famille. S’il refuse, la Zakat ne lui sera pas donnée car il existe des personnes plus nécessiteuses. Par contre, si l’or appartient à la femme, elle n’est pas obligée de le vendre pour subvenir à sa famille, dans ce cas il est permis de donner la Zakat au mari parce qu’il fait partie des pauvres ; et le fait que sa femme possède un peu d’or et que celui-ci a atteint le Nissab ou non n’implique pas que la famille est riche puisque l’Islam considère que chacun des époux a une personnalité financière indépendante.

Q5: Mes économies varient pendant l’année. Comment dois-je calculer ma Zakat ?

·Le calcul de la Zakat commence quand vos économies atteignent le Nissab (l’équivalent de 85 gr d’or). Si une année s’écoule sans que vos économies baissent en deçà du Nissab, vous vous acquittez de 2.5% ; si vos économies baissent plus bas que le Nissab avant l’écoulement d’une année entière, vous ne payez pas de Zakat. Prenons l’exemple du calendrier solaire, supposons qu’au mois de janvier 1997 vous ayez 10000 Frs, au mois d’octobre 1997, 20000 Frs et qu’au mois de décembre vous ayez dépensé cet argent pour vos besoins indispensables et qu’il vous reste moins de 5000 Frs, alors il n’y a pas de Zakat à payer ; par contre si en janvier 1998 vos économies atteignent les 25000 Frs par exemple, alors vous devez vous acquitter de la Zakat (2.5 % de vos économies) soit 625 Frs.

Q6: Une personne à qui j’ai accordé un prêt ne m’a pas encore remboursé. Faut-il en tenir compte pour calculer ma Zakat ?

· Oui, vous le prenez en compte, surtout si vous êtes sûr que cette personne vous remboursera, vous ajouterez ce prêt à vos biens et vous vous acquittez de la Zakat sur la totalité. Par contre si vous avez perdu espoir que cette dette vous soit remboursée, par exemple vous ne pouvez plus joindre la personne à qui vous avez prêté (il a déménagé et vous n’avez pas sa nouvelle adresse et lui ne vous contacte plus) ou il a déclaré faillite et ne peut rembourser ses créances ; alors vous ne devez pas prendre en compte ce prêt dans le calcul de la Zakat. Mais si cet argent dont vous avez perdu espoir vous est remboursé après plusieurs années, alors vous vous acquittez de sa Zakat pour une seule année seulement, en la payant immédiatement ou en attendant l’écoulement d’une année.

Q7: Je suis un commerçant en denrées alimentaires, comment dois-je calculer la Zakat ?

Il faut suivre la procédure suivante :

a) vous devez fixer un rendez-vous annuel pour vous acquitter de la Zakat.

b) à cette date, vous évaluez votre capital de marchandises en vente ou en stock au prix du jour.

c) Ensuite, il faut évaluer tous les avoirs financiers, en barque, dans la caisse du magasin et chez vous :

d) Ajouter les prêts accordés à autrui, à des individus ou à des sociétés, conformément à la question 6.

e) Vous retranchez toutes vos charges y compris les impôts.

f) Vous retranchez vos dettes.

g) Vous payez 2,5 % de ce qu’il vous reste, s’il dépasse le Nissab. Ceci est la meilleure manière qui doit être suivie par les commerçants musulmans pour s’acquitter de leurs Zakats.

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