Le cerveau des ados décrypté

Le cerveau des ados décrypté
La plus grande étude d’imagerie cérébrale jamais menée chez les jeunes le révèle : les adolescents ont un cerveau ouvert à tous les possibles… et à tous les dangers.

 

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« Que se passe-t-il dans sa tête ? », se demande cette mère de famille observant son aîné de 14 ans, avachi devant la télévision, les yeux perdus sous une frange épaisse, jamais motivé pour faire quoi que ce soit sauf des jeux vidéo. Pour la première fois, une étude de grande ampleur répond littéralement à cette question. Lancé par le National Institute of Mental Health américain (NIMH) en 1989, le Global Mental Health Project a passé au crible pendant près de vingt ans le cerveau de 2000 personnes soumises à des évaluations neuropsychologiques, comportementales et des IRM (Imagerie par résonance magnétique) tous les deux ans. Au final, 829 séries de clichés réalisés chez 387 personnes âgées de 3 à 27 ans, n’ayant connu aucune psychopathologie durant leur développement, ont été retenues pour l’étude du cerveau de l’adolescent « sain ». Au printemps 2008, le bilan de l’étude a été publié dans le Journal of Adolescent Health. Pour la première fois, images à l’appui, on peut affirmer que le cerveau des ados est unique. Ni enfant ni adulte, c’est un cerveau hautement malléable, aux potentialités énormes. Selon d’autres études complémentaires, c’est aussi un cerveau difficile à motiver et attiré par le danger. Un bolide avec de mauvais freins. Aux commandes de cette enquête, le chef du département d’imagerie cérébrale du service de pédopsychiatrie du NIMH, le docteur Jay Giedd, qui a consacré ces dix-sept dernières années à explorer les circonvolutions cérébrales des teenagers. Son outil de prédilection, sans lequel rien n’aurait été possible, est l’IRM, qui permet de déterminer la nature des tissus (IRM anatomique) et peut en révéler l’activité durant certaines tâches (IRM fonctionnelle). Grâce à cette technique, indolore et sans irradiation, la recherche sur le développement de l’enfant et l’adolescent a pu être menée à bien. Premier constat et première surprise : « Au début de notre étude, nous ne savions pas s’il fallait la limiter à 16 ou 18 ans, explique le chercheur. Or, quel étonnement de voir que les changements cérébraux survenaient encore bien au-delà de 18 ans ! Si l’on devait dater la fin de la maturation cérébrale, ce serait plutôt vers 25 ans… » Deuxième leçon : si, à 6 ans, le cerveau fait déjà 95 % du volume du cerveau final adulte, c’est à l’adolescence qu’il va finir de grossir et même atteindre un pic volumique. A ce stade de l’observation, l’IRM sait faire la distinction entre la matière grise, composée des corps cellulaires des neurones contenant le noyau, et la matière blanche, ensemble des axones (fibres conductrices du neurone) de type « myélinisés ». La myéline, substance lipidique blanchâtre, forme une gaine isolante autour de l’axone, qui démultiplie la vitesse de conduction du signal nerveux. A partir des mesures réalisées pendant plusieurs années, Jay Giedd a donc tracé les courbes d’évolution du volume de « matière grise » et de « matière blanche » en fonction de l’âge des individus. Et là, nouvel enseignement : entre 7 et 11 ans, on observe un pic de matière grise, les filles atteignant ce sommet un an en moyenne avant les garçons. L’âge bête, dit-on ? Que non. A cet âge, la matière grise est la plus épaisse, la plus dense, les connexions entre neurones (synapses) les plus nombreuses. Le cerveau du jeune adolescent possède alors plus de neurones qu’il n’en aura jamais à l’âge adulte. OAS_AD(‘Middle1′);

Le cerveau des ados décrypté

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Matière grise exubérante
Le cerveau traverse là sa seconde et dernière phase de neurogenèse et synaptogenèse massives. Un petit goût d’enfance, puisque la première a eu lieu in utero et dans les dix-huit premiers mois de vie. « Cette croissance exubérante durant les années de la prépuberté confère au cerveau un énorme potentiel, commente Jay Giedd. La capacité d’être doué dans différents domaines s’édifie à cette période. Quelle est l’influence des parents, des professeurs, de la société, de la nutrition, mais aussi des infections bactériennes et virales dans cette phase de construction ? Nous sommes en train de commencer à essayer de le comprendre. » Mais, comme chez l’adolescent, la matière grise, après être montée en flèche, dégringole, la courbe s’infléchit, les neurones subissent des pertes sans précédent. Et les connexions ? Thomas J. Whitford, du Brain Dynamics Centre de l’université de Sydney, répond à cette question. En 2007, le chercheur australien mesure sur 138 sujets de 10 à 30 ans non seulement le volume de matière grise par IRM mais aussi, en parallèle, les variations de leur électroencéphalogramme (EEG), connu pour être le reflet de l’activité synaptique. Résultat : la réduction de matière grise s’accompagne d’une réduction d’activité synaptique. A l’adolescence, le cerveau est donc un champ de bataille où neurones mais aussi connexions entre neurones vont mourir en grand nombre. Lesquels vont survivre ? Ceux qui servent ! Gerald Edelman (prix Nobel de médecine 1972) a baptisé ce phénomène le « darwinisme neuronal ». Les connexions les plus utilisées se renforceront, les autres disparaîtront, façonnant ainsi des réseaux de neurones spécifiques à chaque individu. Howard Gardner, professeur à Harvard (Cambridge, Etats-Unis), spécialiste des questions d’intelligence, donne sa définition fonctionnelle de la maturité : « Le moment où les cellules en excès ont été éliminées et les connexions initialement ciblées effectuées. » L’élagage, pour atteindre l’âge adulte. Et la sentence de Jay Giedd tombe : « Si un adolescent fait de la musique, du sport ou autre activité, voilà les connexions qui seront renforcées. S’il reste couché sur le canapé, joue aux jeux vidéo ou regarde la télé, ce sont ces connexions-là qui vont subsister. » A l’aide de ces courbes, le chercheur fait une autre observation de taille. Alors que la matière grise s’amincit, la courbe de matière blanche, elle, prend son envol. Elle va se densifier d’année en année jusqu’à se stabiliser vers 19 ans. Autrement dit, les axones du cerveau vont de plus en plus s’entourer d’une gaine de myéline, qui, rappelons- le, accélère la vitesse de propagation de l’influx nerveux, la faisant passer de 0,5 à 120 mètres par seconde ! En somme, un peu comme si le jeune remplaçait sa connexion Internet filaire par un câble ADSL. En grandissant, le cerveau adolescent privilégie les neurones et connexions les plus utiles et transforme ses câbles de transmission en fibres ultrarapides : il se spécialise. Estce grâce à ce phénomène que l’adolescent va accroître sa créativité et sa capacité de réflexion philosophique ? Possible. Une des régions qui se « myélinise » le plus pendant ces années, en effet, est le corps calleux, zone fibreuse composée de 200 millions d’axones qui connecte les deux hémisphères. Il a été montré que cette région est impliquée dans la créativité et la réflexion de haut niveau. Elle stoppe sa croissance dès la fin de la puberté. OAS_AD(‘Middle3′);

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La frontalisation
L’imagerie a d’autres secrets à nous livrer. A en croire les clichés, la maturation cérébrale – le grand élagage de matière grise – se fait progressivement de l’arrière vers l’avant du cerveau, de la nuque vers le front, d’où la nouvelle théorie de la frontalisation. Les premières structures à subir des transformations sont les zones dites subcorticales (en dessous du cortex) – ganglions de la base, amygdale, hippocampe – qui jouent un rôle majeur dans les réactions aux stimuli sensoriels, l’orientation spatiale, la contextualisation, le langage, les émotions, la mémoire. Puis parviennent à maturité les zones supérieures qui coordonnent ces premières fonctions et enfin, bon dernier, le cortex préfrontal. Partie antérieure du cerveau, il est indispensable aux fonctions exécutives, à la planification, la hiérarchisation des priorités, l’organisation des pensées, le contrôle des impulsions, l’anticipation des conséquences de ses actes… Bref, c’est le directeur général de nos méninges, qui doit attendre parfois jusqu’à 25 ans pour être totalement opérationnel ! Pas étonnant que les ados, au cortex préfrontal inachevé, aient du mal à prendre des décisions, contrôler leurs pulsions, raisonner et gérer leurs émotions. Ils ne sont pas encore équipés pour ! « C’est une sorte d’injustice d’attendre d’eux d’avoir des dons d’organisation ou de prise de décision d’un niveau adulte avant que leur cerveau ait fini de se construire », admet Jay Giedd. De même, un individu doit pouvoir inhiber tous les événements parasites qui surviennent autour de lui pour pouvoir se concentrer sur ce qu’il est en train de faire. Ce système d’inhibition, géré par le cortex préfrontal – encore lui –, fonctionne mal chez l’adolescent. Une explication probable à sa distraction chronique…

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Erreur d’interprétation
Ce cortex préfrontal immature joue aussi parfois des tours au jeune et peut être la source de malentendus. La chercheuse Deborah Yurgelun-Todd, directrice du groupe Neuropsychologie et Neuro-imagerie cognitive à l’hôpital McLean à Belmont (Etats-Unis), démontre ainsi que les adolescents interprètent mal les émotions d’autrui. La chercheuse a présenté à un petit groupe de sujets, adolescents et adultes, des photos de visages exprimant de la peur. Bilan : les adultes ont, en majorité, bien identifié l’expression de peur. Les jeunes, eux, se sont tous trompés au moins une fois, identifiant plutôt de la colère ou de la tristesse. Explication par l’IRM : les adultes activent principalement leur cortex préfrontal pour interpréter une expression tandis que les plus jeunes activent leurs amygdales, structures primitives impliquées dans les réflexes de peur. En 2006, Deborah Yurgelun-Todd affine l’expérience en observant la maturation du système de gestion des émotions entre 8 et 15 ans. Elle conclut : « Nos résultats suggèrent que la maturation de la perception de la menace durant l’adolescence est liée plus à l’acquisition progressive d’une meilleure fonctionnalité du cortex préfrontal qu’à la décroissance de l’activité de l’amygdale. » Preuve qu’en vieillissant, le cerveau de la raison apprend à contrôler celui des émotions. D’autres systèmes prennent du temps à mûrir, comme la régulation du cycle veille-sommeil (lire p. 15), ou encore le cervelet, responsable de la coordination des mouvements. Tout cela compliqué par l’assaut des hormones. Car, au moment du grand élagage, de la sculpture du cerveau, la puberté vient s’en mêler. A un âge variable selon les individus, ovaires ou testicules commencent à émettre des hormones sexuelles dans la circulation sanguine. Ces hormones vont déclencher le développement des caractères sexuels, donner au corps ses formes adultes. Elles vont aussi se fixer sur les nombreux récepteurs présents dans le cerveau, modifiant les concentrations en neuromédiateurs tels que la sérotonine qui régule l’humeur. Le système limbique – hippocampe, amygdales… –, particulièrement riche en ces récepteurs, va transformer le jeune en être à fleur de peau, pouvant passer d’une émotion extrême à l’autre. Cette relation hormones- développement du cerveau est toutefois encore une énigme à déchiffrer. Selon Jay Giedd : « L’objectif pour de futures investigations est la détermination des changements dans le cerveau en développement, dépendants ou indépendants de la puberté. »

Avachissement et prise de risque
Sont-ce ces fichues hormones qui poussent les adolescents à s’avachir dès qu’ils le peuvent ? Ainsi qu’à toujours repousser les limites de l’interdit ? Nos spécialistes de l’imagerie cérébrale y voient plutôt encore un sale tour des neurones ! James Bjork, du National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism (Maryland), un des Instituts nationaux de la santé américains, a mené, en 2004, une étude sur la motivation de 12 adolescents et 12 jeunes adultes lors de jeux d’argent. Et il a fait une découverte, grâce à l’IRM toujours. Si les réponses cérébrales aux gains d’argent présentent des similarités dans les deux groupes, chez les jeunes, une région s’active beaucoup moins que chez l’adulte : le striatum ventral. Cette zone est en quelque sorte le moteur qui va donner de l’énergie au cerveau pour aller chercher une récompense. Sa grande immaturité chez le jeune entraîne une difficulté à se mettre en train. Pour atteindre une motivation égale à celle de l’adulte, il lui faudrait donc un plus grand stimulus. « Si les jeunes ont un système de motivation dur à activer, commente James Bjork, cela peut expliquer pourquoi ils ont besoin de rechercher des activités à très forte excitation (souvent risquée). » D’après James Bjork, jouer aux jeux vidéo (excitation forte) depuis le canapé (faible effort) est l’activité rêvée pour un adolescent en pleine maturation. En 2007, James Bjork, qui prend…

Le cerveau des adolescents leur joue des tours !

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Décoder ses propres émotions n’est pas facile et demande un apprentissage très long, même pour les plus simples d’entre elles. Un petit enfant, par exemple, ne sait pas qu’il a faim. Il se sent mal mais n’est pas capable de demander à manger. Il ressent un malaise sans pouvoir l’identifier. Par la suite, il apprendra à le faire, et cela demande du temps. Mais l’apprentissage d’émotions plus complexes est encore plus long.


Décoder les émotions des autres…

Cet apprentissage des émotions complexes l’est encore plus quand il s’agit de décoder les émotions de quelqu’un d’autre. Lorsque vous êtes face à une autre personne, sans en avoir conscience, vous interprétez son attitude et vous analysez s’il est joyeux, triste, en colère… C’est un savoir-faire très utile pour vous adapter à votre interlocuteur.

La neuropsychologue Deborah Yurgelun-Todd a étudié la capacité de comprendre les émotions chez les adolescents. Elle se révèle nettement moins au point que celle des adultes !
Comment s’y est-elle pris pour tirer ces conclusions ? Il s’agissait de montrer à des jeunes adolescents des photos de portraits et de leur demander quelle émotion apparaissait sur le cliché. Les adultes font très peu d’erreurs mais les moins de 14 ans confondent souvent plusieurs émotions : ils peuvent prendre la peur pour de l’irritation ou de la tristesse par exemple.
Cette capacité à comprendre l’émotion de l’autre mûrit au fil du temps : plus on prend de l’âge et mieux on analyse l’autre d’une manière juste.

Quelles sont les conséquences de ces constatations ? C’est qu’avant 14 ans, on peut se tromper. Une personne vous regarde dans la rue, et vous pouvez imaginer qu’elle vous déteste : au premier coup d’œil, vous vous sentez agressé. Quelqu’un rit et vous pensez qu’on se moque de vous. Plus vous êtes mal dans votre peau et plus vos interprétations peuvent être erronées ! Cela rend les rapports humains plus difficiles !

Que faire ? Peut-être expliquer ce phénomène aux adolescents, puis penser à leur expliquer ce que vous ressentez lorsque quelque chose dans la relation vous paraît bizarre. Il peut être aussi très intéressant de leur montrer que le jugement qu’ils portent sur les autres est peut-être totalement faux… Tout cela peut les aider à mûrir plus facilement et à prendre un peu de distance avec leur ressenti…
Dr Catherine Solano – médecin sexologue
06/02/2006
D’après une interview du Dr Yurgelun-Todd, neuropsychologue au Mc Lean Hospital de Belmont (USA).

Une Réponse à “Le cerveau des ados décrypté”

  1. SARA dit :

    coucou slt pour tous j envoyer se raport pour vous dit qu il ya beucoup de probleme familial qui laissent les jeuns suivient dans ce domin il y a plusyeur des famils qui ne saient pas ou notre enfant a jouer mais il droge il vois des amis mechans des adolecents alor je vous consaez de suivi tes enfant e cominicer plusieur fois par ce que quand les jeuns trouvent quelqun ils doivents contens serieus plus facilles de trouve des solutin pour les probleme

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